Après avoir abordé les nouveaux doubles cursus et l’essor de l’étudiant-entrepreneur, le Professeur Mounir Ziani, sous-directeur à la Direction de l’enseignement et de la formation au ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique, détaille dans ce second volet les leviers mis en place pour garantir l’immersion professionnelle : généralisation des stages, renforcement des incubateurs, transition vers l’anglais et formation continue du corps enseignant.
Soir RH et Carrière: Les directeurs des ressources humaines déplorent souvent le manque d’expérience des jeunes diplômés. Quelles nouvelles passerelles ou conventions sont prévues cette année pour généraliser les stages en immersion professionnelle ?
Pr. Mounir Ziani : Les stages pratiques et en milieu professionnel pour les étudiants sont encadrés par le décret exécutif n°13-306 du 31 août 2013, portant organisation de stages pratiques et en milieu professionnel à l’intention des étudiants.
Ces stages constituent un élément fondamental dans les parcours de formation et indissociable du cursus pédagogique et concernent tous les domaines, les filières et les spécialités assurées au sein des établissements universitaires.
Les stages pratiques et en milieu professionnel ont pour objet : l’acquisition ou le renforcement des connaissances sur les réalités économiques et techniques du pays, l’intégration progressive de l’étudiant dans son futur cadre de travail, la contribution de l’étudiant à l’innovation et aux travaux de conception dans l’organisme d’accueil.
Par ailleurs, toutes les formations professionnalisantes licence ou master et les formations du parcours d’ingénieur font l’objet d’une convention entre l’établissement universitaire et le secteur socio-économique (l’organisme d’accueil concerné). Ce dernier participe à l’élaboration des formations, à l’enseignement, à l’encadrement et aux jurys de soutenance.
SRC : Comment les universités comptent-elles structurer leurs incubateurs et centres de développement de carrière dès cette rentrée pour guider l’étudiant de sa première année jusqu’à son insertion sur le marché ?
Pr. Mounir Ziani : En vue de renforcer l’esprit de l’entrepreneuriat auprès des étudiants, plusieurs efforts ont été consentis par le secteur. A ce sujet, il y a eu la mise en place, au sein des établissements universitaires, de 134 incubateurs, 117 centres de développement de l’entrepreneuriat, 109 centres de soutien à l’innovation, 119 maisons d’intelligence artificielle et 76 accélérateurs d’entreprises pour soutenir la transformation des projets étudiants en entreprises économiques.
En plus de l’intégration des matières d’enseignement dans les programmes de formation telles que l’intelligence artificielle, l’entrepreneuriat et lean start-up ; cette dernière approche a pour but d’apprendre à l’étudiant d’identifier le besoin du marché puis développer son projet entrepreneurial qui lui permettra par la suite de devenir un créateur d’emploi.
Toujours dans le cadre de l’ouverture de l’université sur l’environnement économique et social, des visites sur le terrain sont accordées aux étudiants porteurs de projets, des « cafés d’affaires » sont organisés en plus de compétitions. Un accompagnement est également accordé aux étudiants pour le dépôt de brevets d’invention et l’aide à la réalisation de prototypes.
Depuis la mise en place de l’arrêté n°1275, les établissements universitaires ont lancé des appels aux étudiants en fin de cycle en Master et en Licence, les invitant à préparer leurs mémoires de fin d’études sous forme de micro-entreprises ou de start-up, conformément aux dispositions de l’arrêté en question.
L’accompagnement est souvent présenté comme l’un des facteurs de réussite des projets de création de micro-entreprises et de start-ups. Ce dispositif comprend des programmes de sensibilisation, coaching et des formations, des concours (challenge national, Hackathons, etc.) et des partenariats entre les universités, les entités de recherche et le secteur socio-économique.
La création d’un guichet unique au niveau des établissements d’enseignement supérieur, contribue également à renforcer l’entrepreneuriat et l’innovation au sein des universités. Cela s’inscrit dans le cadre de l’accompagnement et du soutien des porteurs de projets, pendant leurs études ou après l’obtention de leurs diplômes afin de leur permettre de mettre en place leurs structures de financement et de simplifier les démarches administratives associées.
Le renforcement de l’enseignement de l’anglais est un axe majeur du ministère. Comment cette transition linguistique prépare-t-elle mieux les diplômés à intégrer des entreprises internationales ou des secteurs à forte valeur ajoutée ?
L’utilisation de la langue anglaise comme langue d’enseignement dans l’enseignement supérieur a été lancée depuis 2023.
Cette politique linguistique montre la volonté de l’Algérie de répondre aux défis de la mondialisation. Elle traduit l’ambition du pays de s’adapter aux dynamiques mondiales, où l’anglais, langue dominante dans les secteurs scientifique, technologique et commercial, représente un avantage stratégique pour son intégration dans l’économie et la recherche à l’échelle mondiale.
La maîtrise de plusieurs langues ne constitue pas seulement un outil pour la communication à l’échelle mondiale, mais également une composante cruciale pour l’élaboration de compétences transversales comme la flexibilité cognitive et la capacité à s’adapter aux évolutions. Ces compétences sont très appréciées dans le milieu professionnel.
Pour accompagner ces étudiants aux profils hybrides, comment le ministère gère-t-il la formation continue des enseignants-chercheurs, afin qu’ils soient au fait des dernières exigences du monde managérial et de l’innovation ?
Afin d’optimiser tous les efforts consentis par le secteur, le Ministère de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche Scientifique a mis en place un comité national de coordination pour le suivi de l’innovation et de l’entrepreneuriat universitaire, ce comité est chargé d’accompagner et de suivre les projets des étudiants concernés par l’arrêté 1275 du 27 septembre 2022, complété et modifié, qui bénéficient d’un financement une fois qu’ils ont obtenu le « Label ».
Par ailleurs ledit secteur s’est engagé dans la formation des enseignants en entrepreneuriat (formation de 1 500 formateurs).
L’AVIS DE L’EXPERT : Transition vers la facturation électronique : le nouveau rôle d’accompagnement des DRH
La Loi de Finances 2026 introduit l’extension progressive de l’obligation de la facturation électronique pour les PME algériennes. Si ce chantier est d’abord fiscal et informatique, sa réussite repose fondamentalement sur l’accompagnement du changement opéré par la direction des ressources humaines.
DÉCRYPTAGE : Mobilité internationale des compétences : Ce que cache l’accord de formation Algérie-Allemagne
Signé à la fin de juillet 2026, l’accord stratégique d’envergure entre l’organisme algérien AGSR et l’agence allemande Agentur für Ausbildung ouvre une nouvelle ère pour la formation pratique et le recrutement direct des jeunes talents nationaux au sein du secteur privé international.
Un cadre sécurisé pour endiguer la fuite désordonnée des cerveaux
Contrairement aux flux migratoires non encadrés qui pénalisent le tissu économique national, ce partenariat s’inscrit dans une logique de mobilité circulaire et de codéveloppement.
Quel impact pour le secteur privé en Algérie ?
Le secteur privé national — qui génère désormais près de 48 % des offres d’emploi annuelles dans le pays — doit s’aligner sur des standards de management internationaux pour retenir ces profils hautement qualifiés. Cet accord force les recruteurs locaux à revoir leurs grilles salariales et leurs plans de carrière pour rester compétitifs face aux opportunités européennes désormais formalisées et sécurisées.
FOCUS Saison : Loi n° 90-11 modifiée : Sécuriser la rédaction du premier contrat de travail
Avec l’émergence des nouvelles formes d’emploi et la dynamique de modernisation législative entamée ces derniers mois, la conformité des contrats au Code du travail est une priorité absolue pour éviter le risque de contentieux.
La fin du flou sur les contrats à durée déterminée (CDD)
La législation algérienne rappelle une règle fondamentale : la relation de travail est par défaut régie par un Contrat à Durée Indéterminée (CDI). Le recours au CDD reste l’exception et doit être explicitement motivé par écrit sous peine d’être requalifié d’office par l’inspecteur du travail (surcroît temporaire d’activité, remplacement de salarié).
Les clauses incontournables à auditer d’urgence
La période d’essai : Sa durée doit être explicitement mentionnée dans le document et ne peut en aucun cas excéder 6 mois pour les postes d’exécution, conformément à l’article 18 de la Loi 90-11. Le renouvellement de cette période doit faire l’objet d’un accord écrit clair.
INDICATEUR SRC
450 000 : C’est le nombre de nouveaux postes de travail créés en moyenne chaque année en Algérie, selon les projections macroéconomiques portées par l’orientation sociale de l’État et l’élargissement des investissements privés. Fait marquant pour les professionnels des RH : le secteur tertiaire (services administratifs, technologiques, financiers et commerce) concentre à lui seul 47 % de ces opportunités d’insertion, confirmant la transition progressive de l’économie nationale vers une économie de services à forte valeur ajoutée.
ÉCHOS SRC
La santé mentale au travail devient un indicateur de performance
Le bien-être psychologique des collaborateurs sort de la sphère privée pour s’inviter dans les stratégies de performance, alors que 80 % des salariés considèrent que le soutien de leur employeur en matière de santé mentale est un critère décisif dans le choix d’une entreprise. Les données publiées par l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) démontrent qu’un environnement de travail toxique ou stressant impacte directement la productivité globale à travers l’absentéisme.